par Philippe Chantepie et Jean-Baptiste Soufron
La régulation des géants du Net : horizon ou mirage ?

Elles dominent le monde numérique. Elles rencontrent le succès auprès du public et des entreprises. Elles nous divertissent de musiques et vidéos, de textes parfois encore. Elles satisfont instantanément notre curiosité. Elles nous facilitent quotidiennement la vie. Elles embrassent et calculent nos sociabilités. Elles traduisent et valorisent nos réseaux professionnels. Elles concourent à nos relations amoureuses et nos conquêtes sexuelles. Elles guident nos pas et accompagnent nos déplacements. Elles dessinent nos désirs et anticipent nos besoins. Elles veillent déjà à notre sommeil et se soucient de notre santé… En à peine plus de dix ans, en misant sur l’innovation et sur le développement de nouveaux usages, les plates-formes numériques ont acquis vis-à-vis des hommes ce « pouvoir absolu » dont parlait Tocqueville. Elles ont pour elles l’innovation, l’agilité, la modernité, l’efficacité, l’utilité. Et depuis, avec une admirable constance, États, lois et droits paraissent absents, interdits, sidérés. Ils semblent sortir de leur torpeur ces derniers mois seulement, en raison de l’érosion de la base fiscale imposable, et entendent vouloir une « régulation des plates-formes ». Laquelle ? Lesquelles ? Dans quel but ? Pour en contrôler les usages ? Les acteurs ? Avec quelle vigueur ? Et à quel tempo ? Nul ne le sait, tandis que la domination libre des plates-formes travaille sans relâche à l’« ubérisation » de la société.

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par Laurent Chicoineau
Le Web est-il en train de réinventer la médiation culturelle ?

Laurent Chicoineau

Laurent Chicoineau

Laurent Chicoineau a débuté sa carrière dans le journalisme scientifique (Radio France). Depuis 2002, il est directeur du centre de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI) de Grenoble, La Casemate. Il a initié en 1999 l’un des premiers espaces culture multimédia en France, ouvert le premier fablab grand public, et organisé la première « Grenoble Mini Maker Faire » en octobre 2015, qui a accueilli 8 800 visiteurs sur deux jours. Il a dirigé plusieurs expositions sur les enjeux sociétaux et culturels des technologies numériques, mené une dizaine de projets européens. Professeur associé de sciences de l’information et de la communication à l’université de Grenoble III de 2008 à 2014, il a été chargé en février 2014 par la secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche d’une mission d’étude et de recommandations sur le partage des cultures scientifique, technique et industrielle à l’ère numérique.
Laurent Chicoineau

Les nouveaux dispositifs des communautés du Web (MuséoMix, Biblio Remix, GareMix…) ont-ils vocation à supplanter la forme traditionnelle de la...

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par Laurence Allard
Dans quel monde voulons-nous être connectés ? Transhumanisme vs companionism

Cet article pose les enjeux anthropologiques du big data et du connected everything, qui renvoient in fine à l’idéologie transhumaniste. L’extension de la connexion des réseaux de communication informatisés à des non-humains est, pour certains, la promesse d’une mutation de l’humain pour la transhumanité. Il faut pourtant rappeler que l’idéologie transhumaniste est fondée sur une anthropologie compétitive stérile entre humains et non-humains, idéologie qui vient naturaliser le cyborg, une figure conçue comme émancipatrice lors de la sortie du Manifeste cyborg de Donna Haraway en 1985. En fait, dans quel monde voulons-nous être connectés ? Une forme de réponse nécessite de statuer dès à présent sur la relation qui nous lie aux entités connectées avec lesquelles nous partageons nos existences. Le companionism de Donna Haraway nous inspire la possibilité de penser une « biosocialité connectée ». Pour illustrer cette approche expérimentaliste, sont développés des exemples d’usages des capteurs, des données et de la connexion au profit de l’intérêt général.

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par Gigi Bigot
Quand les laissés-pour-compte deviennent des diseurs de contes…

Est-il bien raisonnable d’inventer des contes avec des personnes en grande pauvreté ou d’écrire des poèmes avec des chercheurs d’emploi alors qu’ils ont déjà tant de difficultés matérielles dans la vie réelle ? À partir de cette question, cet article essaie de montrer ce que le conte est censé apporter à ces personnes. Nous verrons comment le fait de sortir du témoignage bouscule la place de chacun, pauvres/non-pauvres, conteurs/auditeurs, en instituant un autre classement. Nous évaluerons comment, passant par l’imaginaire, les uns acquièrent la dignité de dire, et les autres une plus grande liberté d’écoute. Ce mensonge pour mieux dire la vérité bouleverse les rôles et, paradoxalement, joue un rôle de rassemblement. Cet article s’appuie sur l’expérience de deux ateliers avec des personnes en situation de précarité, expérience menée à Rennes par le mouvement ATD Quart Monde dont l’objectif est de dénoncer la misère.

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par Benoît Berthou
Bande dessinée et récit politique : pour un nouveau journalisme ?

De l’œuvre de Daumier à celle de Cabu, en passant par nombre d’autres travaux, dessin et politique font depuis longtemps bon ménage. Mais parmi toutes ces pratiques graphiques, la bande dessinée occupe une place à part. Caractéristique d’une modernité, l’intérêt pour le récit politique semble être le fait d’auteurs qui souhaitent s’ouvrir ou s’inspirer de pratiques graphiques (croquis, cartographies…) propres aux dessins proposés par la presse. En tant que telles, ces propositions semblent chercher à renouveler une image politique dont le statut (à l’instar de celui du photojournalisme) paraît aujourd’hui être des plus ambigus.

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par Pierre Sérisier
Séries scandinaves : les héritières venues du froid

Pierre Sérisier

Pierre Sérisier

Pierre Sérisier, journaliste depuis 1990, a œuvré pendant dix ans dans l’édition de romans policiers, tour à tour auteur, traducteur et directeur de collection, avant de revenir à sa deuxième passion, les séries télévisées. Créateur du blog « Le Monde des séries » en 2008, il a rédigé de nombreux articles et plusieurs ouvrages sur ce sujet, dont un guide thématique intitulé Sériescopie (Ellipses, 2011, en collaboration avec Marjolaine Boutet et Joël Bassaget) et une étude sur Le Prisonnier (PUF, 2013). Il enseigne à l’école de journalisme de Sciences-Po.
Pierre Sérisier

Les derniers articles par Pierre Sérisier (tout voir)

Héritières du film noir et des récits gothiques, les séries scandinaves ont prospéré grâce au cinéma et à la littérature....

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par Michel Berthod
Marchés de la culture : où l’abondance de l’offre peut nuire à la demande

Se référant à la controverse entre Olivier Babeau et Jean-François Marguerin (NECTART #1), et sur fond d’analyse économique marxiste, Michel Berthod interroge les concepts d’offre et de demande appliqués aux biens et services culturels, et plus spécialement aux services de spectacle vivant. Il montre que la politique de l’État reste tournée vers le soutien de l’offre primaire (la production) et recommande de la réorienter vers le soutien à la diffusion, notamment par un meilleur financement des scènes nationales et scènes conventionnées, opérateurs intermédiaires entre l’offre primaire et la demande finale. Il recommande aussi de prendre exemple sur le CNC pour élargir les missions du CNV à tous les opérateurs de la filière musicale et à toutes les musiques, voire à la danse et au théâtre.

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par Emmanuel Wallon
Le Grand Paris : colosse culturel ou hydre politique ?

Née le 1er janvier 2016, la métropole du Grand Paris (MGP) fait partie de la quinzaine d’entités urbaines instituées par les récentes lois de décentralisation. C’était la plus attendue, car les ambitions et les problèmes de la capitale débordent depuis longtemps les bornes de son boulevard périphérique. Contrairement à Lyon, elle ne jouit pourtant pas des prérogatives d’une collectivité territoriale et doit négocier ses compétences avec la Ville, les départements et la région, sans oublier diverses instances chargées des études d’urbanisme et de l’aménagement d’un réseau express de transport public. Son rôle culturel reste à définir. Les acteurs de terrain et les experts qui plaident pour un modèle collaboratif favorisant le partage des savoirs et la valorisation des ressources auront fort à faire pour défendre leurs options dans un concert dominé par les hérauts des Jeux olympiques et de l’Exposition universelle.

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par Emily Lecourtois et Steven Hearn
Entrepreneuriat culturel : pour un nouvel imaginaire

Plus d’un an après le rapport sur l’entrepreneuriat culturel, force est de constater que la notion suscite encore beaucoup de débats en France. On y confond à dessein la structuration juridique et l’éthique. D’un côté, l’intérêt général attribué aux associations et coopératives ; de l’autre, l’inconséquence et la seule recherche de profit à l’entreprise commerciale. À l’aube de cette ère numérique, les choses sont plus nuancées et cette vision binaire masque les véritables enjeux. En premier lieu, de quelle économie parle-t-on ? Peut-on seulement l’aborder sous l’angle financier alors que tout l’enjeu est d’en mesurer la valeur (humaine, sociale, environnementale) ? Ensuite, où se place la responsabilité de l’entrepreneur et de l’acteur culturel ? N’y a-t-il pas nécessité de repenser les modèles, de s’adapter à une nouvelle économie et dans un monde en mutation ? Peut-on continuer de fonctionner en opposition, à l’heure où tout le monde ne parle que d’écosystème ? Quelles alternatives et quelles perspectives offre-t-on aux jeunes générations avec la captation et le tarissement des financements publics ? Que leur transmet-on ?

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par Philippe Henry
L’entrepreneuriat culturel : vers un nouveau modèle d’organisation

Rejeter la notion d’entrepreneuriat au prétexte qu’elle introduit une dimension par trop gestionnaire dans le domaine culturel ne tient plus, alors même que celui-ci a connu depuis un demi-siècle une professionnalisation accélérée. Faire comme si cet entrepreneuriat ne se démarquait qu’à la marge des formes qu’il prend dans d’autres secteurs ne résiste pas plus à l’analyse de ses spécificités socio-économiques. Une troisième perspective s’ouvre si l’on considère l’entrepreneuriat comme l’ensemble des conditions et des modalités sous lesquelles une intuition va se concrétiser dans une activité productive et créatrice de valeur, tout en permettant le développement d’une organisation qu’on voudrait pérenne. L’entrepreneuriat culturel apparaît alors comme spécifiquement constitué à la croisée d’une tension extrême entre une singularisation affirmée de la moindre de ses propositions et une interdépendance poussée des différents acteurs qui vont les valoriser. D’où un type particulier d’entrepreneuriat, où chaque organisation oscille sans cesse entre la recherche d’une notoriété propre et la nécessité de fortement coopérer avec les autres.

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par Maria Lucia de Souza Barros Pupo
São Paulo : la ville qui expérimente l’art citoyen

Métropole de 11 millions d’habitants d’une grande diversité urbaine et sociale, São Paulo expérimente depuis une décennie une nouvelle politique culturelle afin de renforcer sa démocratie et de réduire les inégalités entre le centre-ville et sa périphérie. L’article montre comment ses deux principaux programmes d’aide aux compagnies de théâtre et de danse sont axés sur l’implication des citoyens dans la culture, dans la lignée du nouveau référentiel des droits culturels et de l’approche anthropologique de la politique culturelle par le Système national de culture du Brésil.

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par Mathieu Braunstein
Éducation populaire : Quelles formes prend-elle au XXIe siècle ?

Véritable serpent de mer, l’éducation populaire revient périodiquement dans le débat public. On est cependant frappé par la virulence de certains acteurs rencontrés sur le terrain et par leur refus de se revendiquer de mouvements dont ils sont pourtant souvent issus. L’histoire de l’éducation populaire est-elle méconnue des jeunes générations ? L’expression serait-elle devenue contre-productive, du moins dans le secteur de la culture ? Se revendiquer d’une utopie est-il devenu le moyen, aujourd’hui, de mettre en œuvre les valeurs de « faire ensemble » et d’émancipation portées par l’éducation populaire, sans pour autant s’enfermer dans une catégorie ? Plutôt qu’à l’affirmation de hiérarchies, l’heure semble au partage et à la construction collective des savoirs. Médiation, enseignement artistique et culturel, éducation à la nature, éducation permanente… Notre approche sera forcément empirique, avec quelques « coups de sonde » volontairement limités dans les champs d’action réaffirmés de l’éducation populaire.

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par Serge Tisseron
Les écrans : apprendre à s’en passer, apprendre à s’en servir

Éduquer aux écrans, et plus largement aux outils numériques, c’est à la fois apprendre à s’en servir et apprendre à s’en passer. C’est dans ce double but que Serge Tisseron en 2008 les balises 3-6-9-12, calées sur quatre âges essentiels dans le développement de l’enfant : 3, 6, 9 et 12 ans. Mais introduire les écrans au bon moment et de la bonne manière ne suffit pas. Pour que les outils numériques deviennent des supports de création et de socialisation et qu’ils participent à l’appropriation d’un discours personnel sur soi-même et sur le monde, il est essentiel d’encourager les productions numériques des jeunes, et de les amener à réfléchir sur leurs productions respectives afin qu’ils prennent en compte leurs différences et développent les diverses dimensions de l’empathie.

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par Joëlle Zask
De la démocratisation à la démocratie culturelle

La « culture » implique de cultiver, culturer, faire pousser, grandir. Or, l’individu ne « pousse » pas s’il n’est pas « cultivé » par son environnement et s’il ne participe pas activement à sa « croissance ». La culture est donc une question de relation, et même d’interaction, entre l’individuel et le social. Elle est vivante (Malinowski), vraie (Sapir) ou démocratique, commune et partagée (Dewey) si elle assure la réciprocité entre le développement de l’individualité et celui de la vie commune. Cette conception de la culture fausse la route à d’autres notions que nous écarterons, non seulement parce qu’elles sont inexactes et unilatérales, mais aussi parce qu’elles débouchent sur des politiques culturelles boiteuses, fondamentalement anti- ou non démocratiques.

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