par Philippe Chantepie et Jean-Baptiste Soufron
La régulation des géants du Net : horizon ou mirage ?

Elles dominent le monde numérique. Elles rencontrent le succès auprès du public et des entreprises. Elles nous divertissent de musiques et vidéos, de textes parfois encore. Elles satisfont instantanément notre curiosité. Elles nous facilitent quotidiennement la vie. Elles embrassent et calculent nos sociabilités. Elles traduisent et valorisent nos réseaux professionnels. Elles concourent à nos relations amoureuses et nos conquêtes sexuelles. Elles guident nos pas et accompagnent nos déplacements. Elles dessinent nos désirs et anticipent nos besoins. Elles veillent déjà à notre sommeil et se soucient de notre santé… En à peine plus de dix ans, en misant sur l’innovation et sur le développement de nouveaux usages, les plates-formes numériques ont acquis vis-à-vis des hommes ce « pouvoir absolu » dont parlait Tocqueville. Elles ont pour elles l’innovation, l’agilité, la modernité, l’efficacité, l’utilité. Et depuis, avec une admirable constance, États, lois et droits paraissent absents, interdits, sidérés. Ils semblent sortir de leur torpeur ces derniers mois seulement, en raison de l’érosion de la base fiscale imposable, et entendent vouloir une « régulation des plates-formes ». Laquelle ? Lesquelles ? Dans quel but ? Pour en contrôler les usages ? Les acteurs ? Avec quelle vigueur ? Et à quel tempo ? Nul ne le sait, tandis que la domination libre des plates-formes travaille sans relâche à l’« ubérisation » de la société.

L'intégralité de cet article est réservée aux abonnés.
Je m'abonne
Lire la suite

par Michel Berthod
Marchés de la culture : où l’abondance de l’offre peut nuire à la demande

Se référant à la controverse entre Olivier Babeau et Jean-François Marguerin (NECTART #1), et sur fond d’analyse économique marxiste, Michel Berthod interroge les concepts d’offre et de demande appliqués aux biens et services culturels, et plus spécialement aux services de spectacle vivant. Il montre que la politique de l’État reste tournée vers le soutien de l’offre primaire (la production) et recommande de la réorienter vers le soutien à la diffusion, notamment par un meilleur financement des scènes nationales et scènes conventionnées, opérateurs intermédiaires entre l’offre primaire et la demande finale. Il recommande aussi de prendre exemple sur le CNC pour élargir les missions du CNV à tous les opérateurs de la filière musicale et à toutes les musiques, voire à la danse et au théâtre.

L'intégralité de cet article est réservée aux abonnés.
Je m'abonne
Lire la suite

La culture fait-elle encore exception sous le libéralisme triomphant ?
Le modèle public de la culture se meurt-il ? Le soutien aux artistes, la régulation et l’émancipation sont-ils encore les objectifs de l’action publique culturelle ?

La question des politiques culturelles est à la croisée des chemins face à l’avancée impériale d’un libéralisme sans rivages. Celui-ci se fonde sur le postulat selon lequel la culture relèverait du libre choix de chacun, le marché étant en mesure de s’adapter aux attentes du public. La valeur d’un projet culturel se mesure désormais en équations comptables. Cette absorption du culturel par le spéculatif, cet impératif catégorique de la compétitivité et de la productivité dans l’ordre de la création ont pour effet de détricoter le tissu culturel mis en place pendant la période de l’État-providence. D'où un certain nombre d'interrogations : le modèle public de la culture à la française se meurt-il ? Les impératifs de gestion et d'économie énoncés par les élus ne deviennent-ils pas les principaux critères de l’intervention publique ?

L'intégralité de cet article est réservée aux abonnés.
Je m'abonne
Lire la suite